De La Rochelle aux Antilles en voilier


Bonjour, je m’appelle Laurent Tutrice. Je suis sourd et malvoyant (j’ai le syndrome d'Usher). J’ai 39 ans et j’habite à Annecy en Haute-Savoie.

J’ai un voilier, un Edel 600, de 6 mètres sur le lac d’Annecy car j’aime naviguer... Je me promène avec pendant la belle saison. Mais je rêvais de grands voyages sur l'océan car sur un lac on tourne uin peu en rond !

Au cours de l'année 2000, j'ai eu l'occasion de faire une grande navigation. C'était aussi une belle aventure : la transat La Rochelle - La Martinique sur un grand voilier.

Le Pen Kalet II

~  Le Pen Kalet II   ~


Pour cela je me suis rendu à La Rochelle et j'ai embarqué sur le " Pen Kalet II ", un beau voilier en aluminium de 16 mètres de long fabriqué par le chantier Mercator. Son capitaine se prénomme Romain, le skipper Pascal et l'assistante Mocky (photo ci-dessous).

Pascal, Romain et moi

Le départ était prévu le 30 octobre 2000 mais la météo était mauvaise et le vent très fort (plus de 80 km/h). Nous avons attendu 9 jours !

Le 31 octobre nous avons appris le naufrage du cargo " Ievoli Sun "dans la Manche… Cela n'était pas rassurant.

Le mercredi matin 8 Novembre, le vent était devenu moins fort et la mer moins grosse, nous avons enfin pu partir.

Mais dans la nuit, la mer est à nouveau devenue très grosse. Il y avait des creux de 6 mètres. Mais je n’ai jamais eu peur car, plus jeune, j’avais fait du kayak sur des torrents et j’ai l’habitude !

Le lendemain, 9 novembre, nous avons appris par la radio de bord le départ du "Vendée Globe" aux Sables d'Olonne ! Le vent soufflait encore à 60 km/h et les creux atteignaient 3 mètres.

Gros tempsLe matin  du dimanche 12 Novembre la mer était encore très grosse (photo ci-contre). J'ai pris la barre un moment.

Mais la manille du génois (voile à l'avant) a cassé et l’enrouleur de cette voile posait problème. Romain voulait faire escale dans un port pour réparer l’enrouleur.

Nous nous sommes dirigés vers l'Espagne et nous sommes arrivés à Bayona, près de Vigo, en Espagne à 22 h 30 mais je n’ai rien vu dans le noir.  

Le lendemain Romain et Pascal ont réparé l'enrouleur.

Mais quand on a voulu repartir, le moteur du voilier n'a pas voulu démarrer. On a attendu quatre jours !

J'en ai profité pour visiter le fort près du port et me promener en ville avec Mocky. Dans un bar j'ai découvert le "Cuba libre", un cocktail fait avec du rhum et du Coca-cola.

Le jeudi 16 novembre, un mécanicien espagnol a trouvé la panne : de l'eau était entrée dans le moteur à cause de la mer très forte qu'on avait eue en venant. Il a pu faire la réparation et nous sommes repartis le soir même, vers 19 h 30.  Nous avons navigué pendant six jours

Les dauphinsDimanche 19 novembre, en pêchant je prends mon premier poisson, une bonite de 30 cm. J'ai vu aussi des dauphins (photo à gauche).

C'était vraiment magnifique.

Mercredi 22 novembre, on aperçoit les montagnes de l'île de Ténériffe aux Canaries.

Encore une nuit de navigation et le lendemain matin nous arrivons enfin au port de Santa Cruz.

Là, nous accueillons trois nouveaux passagers : Bob, le patron de " Astrolabe – Vivez la mer " et deux touristes français : Alain et Soazic. Nous serons donc 7 personnes pour la traversée jusqu'aux Antilles.

Jeudi 23 novembre, je visite rapidement Santa Cruz. L'après-midi nous allons tous dans un hypermarché acheter des vivres. Nous avons rempli 4 chariots !

Le vendredi 24 Novembre à 18 h. 30 c'était le départ. La mer était un peu grosse avec des creux de 3 mètres. Soazic a souffert du mal de mer mais s'est vite remise. La vie s'est organisée car la traversée a duré 17 jours.

Bonne pêche !! J'ai encore pêché des poissons : des bonites, des dorades coryphènes, etc (photo à droite ) … Nous les avons mangés à bord. C'était excellent.

Un jour, Pascal, le chef de bord, m'a demandé de lui apprendre un peu de Langue des Signes. Ca m'a fait plaisir et Pascal a apprécié.

La traversée a été calme, la mer était souvent belle et il y avait toujours du soleil. Nous avons vu beaucoup de dauphins ainsi que des poissons volants.

C'était très sympa. (voir les photos) et ça me plaisait beaucoup.

 

 

 

J'ai participé aux manoeuvres du voilier.

J'ai eu la chance de ne pas être malade car j'ai l'habitude de naviguer. Grâce à mon petit voilier, je suis amariné.

 

Ah, je suis le capitaine !

Ah...  Je suis le capitaine !!

 

Parfois je tenais la barre (photo ci-dessus) et je me prenais pour le capitaine ! Cela me faisait très plaisir et j'étais heureux au soleil sur ce magnifique voilier qu'est le " Pen Kalet II ".

Le lundi 11 Décembre, vers 5 h. 30, je me suis réveillé puis j’ai vu une petite lumière, c’était un phare sur l'île de la Martinique.

Terre !!  La terre nous apparaissait enfin après 17 jours de navigation ! Nous avons pu voir la côte de l'ile quand le jour s'est levé ainsi que le célèbre Rocher du Diamant.

Voilà, on arrive en Martinique

Arrivée à l'île de La Martinique

 

La traversée allait se terminer… Nous avons accosté au port du Marin vers 10 h 30. Nous avons fait la fête et bu beaucoup de
"ti-punch" pour célébrer l’arrivée !

Capitainerie et Douane au port du Marin

Capitainerie et Douane au port du Marin

En tout nous avons parcouru 3 900 miles marins, soit un peu plus de 7 220 km. La navigation la plus difficile s'est passée dans le Golfe de Gascogne.

Je suis encore resté 3 jours à bord du " Pen-Kalet II " puis le 14 décembre je me suis installé dans un hôtel aux Trois-Ilets pour rester un peu en Martinique.

J'ai pu visiter l'île et rencontrer des sourds (photo ci-dessous).

Avec des sourds à La Martinique

 

Enfin le 20 décembre j'ai pris l'avion pour rentrer en France. J'ai atterri à Orly, un peu dépaysé. Je suis allé à la Gare de Lyon, à Paris, prendre un TGV pour rentrer chez moi à Annecy. J'étais très fatigué mais vraiment heureux de mon fantastique voyage.

Depuis, je rêve de repartir en voilier.

Laurent Tutrice

 

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