Croisière entre Corse et Sardaigne


Les falaises de Bonifacio

Entre Corse et Sardaigne se situe un bras de mer appelé "Les Bouches de Bonifacio". Il n'est pas bien large, seulement 14 km. Quand il fait beau, le passage est facile. Mais quand la météo se gâte les coups de vent y sont redoutables.

A l'ouest de ce bras de mer, il n'y a rien, aucune île. En revanche, dans l'est se trouvent de très beaux archipels. Du côté français, le plus connu est l'Archipel des Lavezzi dont la principale île est Cavallo, surnommée l'île des millionnaires. Plus haut, vers le nord, on trouve les îles Cerbicales. En Sardaigne, côté nord-est, se trouve l'Archipel de la Maddalena, aux îles nombreuses avec des côtes rocheuses, très découpées et aux magnifiques couleurs.


Itinéraire Corse-Sardaigne


Il était tentant d'aller y faire une croisière. On s'y mit à trois copains. Un capitaine-skipper : René Legal et deux équipiers : Jacques Davy et Laurent Tutrice. Et ils partirent tous les trois pour une navigation faite en juin par un temps magnifique et un chaud soleil.

Au départ de Bonifacio, le voilier se dirige directement, cap au sud-est, sur l'archipel de la Maddalena, vers l'île Razzoli, en Sardaigne.

On passe dans les parages de l'îlot Acciarino (qui fait partie des Lavezzi) sur lequel se brisa, dans la nuit du 15 au 16 février 1855, la frégate "La Sémillante". Ce vaisseau trois-mâts, de 54 mètres de long, armé de soixante canons, venait de Toulon et se dirigeait vers la Crimée. Pris dans une violente tempête, le commandant, au lieu de passer par le sud de la Sardaigne avait décidé de couper par les Bouches de Bonifacio.

Cette décision, dictée par les conditions de navigation éprouvantes et terribles que le bateau rencontrait, fut fatale au navire qui perdit son gouvernail, arraché par les vagues. Poussé par un vent fou, il alla se briser sur des écueils où il fut complètement détruit. La totalité des hommes qui s'y trouvaient (plus de 700) périrent. On ne repêcha que 570 cadavres. Une pyramide de 10 mètres de haut, érigée sur un îlot, et visible de loin, rappelle cette grande tragédie maritime.

Pour l'heure, on navigue sur une mer calme par un temps magnifique et un vent léger et tiède. Le voilier, tout dessus, trace sa route seul car il est sous pilote automatique. Il faut juste veiller que tout va bien. Le soleil brille dans le ciel bleu, il fait chaud et on a du mal à imaginer qu'une catastrophe comme celle de "La Sémillante" ait pu se produire dans ces parages.

Arrivé au niveau de l'île Razzoli, on la double par le sud et on embouque la passe étroite entre cette île et l'île Budelli. L'endroit s'appelle la Cala Marino. On navigue lentement car il y a de nombreux rochers. On avance jusqu'en face de l'île Santa Maria, droit devant et, au bout d'un moment, on se retrouve dans un endroit appelé Secca di Morto.

Coucher de soleil sur la Secca di Morto Le site est magique. Il brille sous le soleil et l'air vibre sous la chaleur. Les rochers alentours mis à part, l'endroit pourrait ressembler à un lagon polynésien. L'eau y est transparente, chaude et d'une très belle couleur turquoise. On jette l'ancre et c'est la baignade. Tout l'équipage plonge...

Au soir qui vient, le soleil se couche dans un grand rougeoiement (photo ci-contre) qui fait penser à une aurore boréale. Les autres voiliers au mouillage se découpent en silhouettes sombres sur un ciel tirant vers le violet. Le vent est tombé, tout est calme et invite à la contemplation, voire à la méditation …

Matin calme sur la Secca di Morto

 

Le lendemain matin quand on se réveille, on trouve le plan d'eau de la Secca di Morto parfaitement lisse (photo ci-contre). Le temps est resté beau, le vent n'a pas soufflé. Le voilier est resté parfaitement immobile toute la nuit ! La chaleur de la journée n'est pas encore là. Un tel moment est rare et se savoure comme il se doit.

L'étape suivante nous oblige à revenir en arrière pour sortir de la Secca di Morto. Comme il n'y a pas de vent, on utilise le moteur. On met cap à l'ouest pour passer à nouveau entre Razzoli et Budelli. Puis on vire de bord et on met cap au sud pour passer entre l'île Spargi et le petit îlot Spargiotto qui, dans l'ouest, fait face à Spargi.

Au bout d'un moment on vire encore de bord pour se diriger vers La Maddalena qui est la plus grande île de l'archipel. Pour accéder au port il faut obligatoirement suivre un balisage. Celui-ci se révèle un peu compliqué et demande une grande attention car les roches sont nombreuses. Il y aussi beaucoup de trafic car de nombreux bateaux font la navette entre La Maddalena et les ports de Sardaigne.

La Maddalena est aussi le nom du port qui se trouve au sud de l'île. Les digues qui le protègent sont, curieusement, très basses. On s'y amarre de la manière dite "cul à quai" en langage maritime. Cela signifie qu'il faut prendre la place en marche arrière et de façon perpendiculaire au quai de façon que le bateau présente sa poupe (l'arrière) près du quai. Ce n'est pas toujours facile. A l'avant, le bateau est retenu par une pendille, corde qui est attachée au fond du port. A l'arrière, on tend deux aussières.

La Maddalena est surtout une escale pour le ravitaillement et l'achat de produits frais. On y achète aussi du vin local malgré le prix assez élevé. La ville est propre, les rues à l'image de l'Italie. Quand on vient de France, c'est assez dépaysant et il est agréable de s'y promener avec le soleil et la chaleur de l'été. Les terrasses des cafés invitent au rafraîchissement et à la détente.

La Maddalena

Le port et la ville de La Maddalena, sur l'île de même nom


Les vivres faits et la ville visitée, on quitte La Maddalena. Le voilier continue sa route et se dirige vers le sud de l'île San Stefano pour aller prendre le mouillage dans la "Cala di Villamarina". En italien le mot "cala" désigne une calanque. La Cala di Villamarina est un endroit sauvage. On y jette l'ancre. La chaîne file à toute allure car la cala est profonde, environ 15 mètres. On débarque sur l'île pour s'y promener un peu. La chaleur est écrasante.

Statue sur San StefanoSur l'île se trouve une carrière. Elle semble abandonnée. D'énormes blocs de pierre arrachés aux collines gisent ça et là parmi des rails oxydés et tordus qui deviennent brûlants sous le soleil. De vieux wagonnets rouillent sur place. Quelques bâtiments délaissés tombent plus ou moins en ruine.

Au bout d'un moment, en escaladant un raidillon, on découvre une gigantesque sculpture. Elle représente un homme en tenue de mer (photo ci-contre). Le buste doit mesurer plus de deux mètres de haut. En continuant à marcher un peu plus loin, on s'aperçoit que la statue est en trois parties. Elle aussi semble abandonnée. L'endroit est totalement désert.

La cala étant profonde (une douzaine de mètres), René et Jacques décident d'y faire une plongée sous-marine pour effectuer une petite exploration. Avec étonnement ils découvrent sur les fonds, un énorme moteur Diesel, des pneus usagés, de la ferraille, des gravats... témoins noyés d'un passé industriel peu soucieux de l'environnement et qui se débarrassait de ses encombrants en les jetant à la mer.

La végétation a pratiquement disparu et le fond de sable n'est parsemé que de cailloux. C'est le signe d'une possible pollution malgré la présence ça et là de petits oursins. Quelques poissons se cachent parmi la ferraille qui se dégrade lentement, rongée par la mer... Ils sortent timidement de leurs abris, s'approchent avec curiosité des plongeurs et retournent bien vite là où ils ont élu domicile. Il faut se rendre à l'évidence : la cala était probablement la poubelle de la carrière.

Sur l'île San Stefano. Au fond, la SardaigneDe l'île San Stefano nous allons à Porto-Cervo par la passe de l'île Bisce. Porto-Cervo est une marina magnifique qui abrite de grands yachts de rêve appartenant à des milliardaires. Des villas sont construites sur la côte mais elles sont peu visibles en raison de leur architecture qui les fait se confondre avec le paysage. C'est quand même mieux que le béton qui a envahi certaines côtes.

L'entrée de Porto-Cervo se fait par une passe étroite encadrée par des falaises. Cette passe débouche sur une très belle anse bien abritée. C'est là que nous faisons escale. Nous jetons l'ancre sur un fond de sable peu profond, environ cinq mètres.

Sur le plan d'eau, nous apercevons un voilier hollandais qui semble en difficulté. Nous allons le voir avec l'annexe. A bord se trouve un couple. Ces gens sont ennuyés car ils n'arrivent pas à remonter l'ancre et ils ne peuvent pas partir. Qu'à cela ne tienne, René et Jacques plongent à nouveau. Ils découvrent l'ancre coincée sous un gros bloc de béton ! En creusant un peu ils parviennent à la dégager ! Les hollandais, très contents, peuvent partir...

En fait, il n'y a pas grand-chose à Porto-Cervo pour les plaisanciers, à part des restaurants, des boutiques, un supermarché. La vie y est très chère car c'est un endroit fréquenté par des gens très riches. On y fait quelques courses. La chaleur nous fait transpirer et nous pousse dans un bar pour nous désaltérer.

Le Phocéa

L'étape suivante se fait dans un endroit bien connu des navigateurs qui vont sur la côte est de la Sardaigne : c'est la "Cala di Volpe". Volpe signifie "renard" en italien. L'endroit est très beau. Il est aussi très fréquenté. Un grand complexe hôtelier a été construit au fond de la cala. En arrivant, nous avons la surprise de trouver, au mouillage, le célèbre Phocéa, ce magnifique voilier à la longue histoire, qui appartint à Bernard Tapie. Il est aujourd'hui propriété de la libanaise Mouna Ayoub. On jette l'ancre non loin du Phocéa. Le soleil et la chaleur invitent rapidement à la baignade.

Dans l'eau, le jeu favori de l'équipage est de plonger à l'avant du voilier. Il s'agit d'attraper la chaîne de l'ancre au niveau de l'étrave, d'aspirer une grande goulée d'air et de se haler à la force des poignets jusqu'à l'ancre du bateau qui est crochée au fond de la mer. Cela représente environ une vingtaine de mètres sous l'eau, avec une arrivée à six ou sept mètres de profondeur (la cala Volpe n'est pas profonde) avant de remonter à la surface. Celui qui remonte avant de réussir à toucher l'ancre doit offrir l'apéritif à la prochaine descente à terre ! Le contrôle est facile car l'eau est très transparente. La plupart du temps c'est Laurent qui gagne à ce petit jeu car il est excellent nageur. Il se permet même, au fond de l'eau, de s'allonger sur le dos, les mains sous la tête, comme s'il faisait une petite sieste, avant de remonter lentement, avec beaucoup de souplesse. Il arrive à retenir sa respiration pendant près de deux minutes ! C'est un vrai sportif.

De la Cala di Volpe, on se rend à Olbia. En y arrivant, on assiste au ballet aérien de deux Canadair car il y un feu de forêt sur une colline près de la ville ! Pour écoper, ils passent non loin du voilier. On a beau être sourds, on entend très bien leurs moteurs qui font un vacarme impressionnant quand ils redécollent après avoir pompé de l'eau de mer.

Pour arriver au port d'Olbia, il faut remonter un long chenal bordé de parcs à moules. Après quoi, le bateau est bientôt arrimé dans la marina du Club Nautique où nous sommes accueillis par une hôtesse très élégante. Après la "registrazione", on va au bar du Club pour y prendre un pot qui est le bienvenu en raison de la chaleur et de l'émotion causée par le vol rapproché des Canadair. L'équipage va ensuite dîner en ville. Au menu : pizzas, bien sûr ! Le capitaine, très en forme, se permet même de préciser "pizzas con il vino della casa" !

Olbia n'offre rien de particulier au visiteur. C'est une ville assez grande avec un port commercial très actif. Des cargos y viennent. Des paquebots et des ferries aussi. Surtout des ferries. Ils viennent de tous les ports italiens : Livourne, Piombino, Rome, Naples et débarquent et rembarquent sans cesse des voitures et des camions …

Rencontre avec des sourds à OlbiaEn marchant en ville, l'équipage a la surprise de rencontrer des sourds (photo ci-contre) ! La Langue des Signes vient à la rescousse pour suppléer à la différence des langues nationales. On bavarde sans grandes difficultés. Ajoutons qu'en Sardaigne certains habitants parlent aussi le Sarde, la langue de l'île.

D'Olbia, on revient vers la Corse. Une dernière escale est faite dans le Golfe de Pevero avant de se diriger sur l'île Cavallo où le voilier prend son mouillage dans une petite anse nommée Cala Zeri. C'est un joli endroit, proche de l'aéroport de l'île. L'eau y est transparente. Les fonds sont rocheux et en plongeant nous y apercevons de nombreux poissons. Des épaves aussi. Le capitaine René ramène en apnée, d'un fond de six mètres, une jolie nappe perdue là par un bateau de passage !

Puis c'est la baie de Santa Guilia où se trouve un ancien village du Club Méditerranée. On y fait une escale un peu forcée car le vent s'est mis à souffler. Il va souffler pendant deux jours et on attendra un peu pour quitter l'abri de la baie.

Puis ce sera une autre escale dans la marina de Porto-Vecchio. Ce sera le dernier port de Corse. Deux jours plus tard le voilier partira et se dirigera vers l'île d'Elbe qu'il atteindra après un jour et une nuit de navigation. Ce sera l'occasion de faire une jolie photo (ci-dessous) d'un très beau coucher de soleil sur la côte est de la Corse avant que la nuit ne recouvre la mer de son manteau sombre, développant dans la voûte du ciel noir une intense et magnifique floraison d'étoiles et de constallations. Une nuit au cours de laquelle scintillera longuement, fil ténu rattachant le marin à la terre, la lumière rassurante du puissant phare d'Allistro.

Vers l'île d'Elbe
En route vers l'île d'Elbe, on longe la côte Est de la Corse
en arrière de laquelle se couche le soleil.

 

Retour Haut de Page

Retour à l'accueil